L’École Autrement

Le projet École Autrement est l’occasion de chercher ensemble de nouveaux moyens d’apprendre et d’enseigner. C’est une table ronde autour de laquelle chacun peut s’élever.

De l’ombre à la lumière

Le DIAS de l’École Autrement (EA) est un SAS interne que nous avons créé en 2012 à l’Institut Sainte-Marie de Châtelineau, en Belgique, pour accueillir les élèves écartés des cours afin de leur donner une formation particulière. Nous y avons imaginé une série de séquences sociologiques sur des thèmes aussi variés que la gestion des besoins Abraham Maslow, la gestion des émotions, l’Écoute active Carl Rogers, la prise de conscience de l’Estime et l’image de soi ou encore la Gestion des conflits. Des animations spécifiques y sont développées et testées avant d’être disséminées dans l’école et en Europe. Ces animations sont construites en équipe d’enseignants avec les jeunes. Ce sont ces mêmes jeunes renvoyés de leurs classes qui présentent et animent ensuite ces activités dans l’école.

Objectifs du DIAS

Le DIAS de l’École Autrement propose aux jeunes une formation qui développe chez eux des habiletés psychosociales leur permettant de contribuer à l’amélioration du bienvivre avec les Autres. L’objectif du programme, étalé sur trois semaines reconductibles, est l’acquisition de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être qui permet de cultiver des relations fraternelles et coopératives à l’école et à la maison.

Elle s’inscrit dans une mission d’enrayage du décrochage scolaire tant estudiantin que professoral.

Les compétences développées sont la connaissance de soi et la relation à l’Autre. Elles sont travaillées au travers d’ateliers sur l’estime de soi, la gestion des besoins, la gestion des émotions, l’attention au non verbal, etc. Elles se fondent sur l’échange d’expériences éclairées par des théories psychopédagogiques et sociales.

Écartement

Le jeune qui pose problème durant les leçons peut être exclu par le conseil de classe. Bien souvent, cet élève empêche le bon apprentissage, le sien et celui de ses camarades. Le dossier disciplinaire de l’élève entraine cet écartement de son groupe classe pour lui permettre de travailler chacun des éléments pointés par les membres de l’équipe pédagogique à son égard. L’équipe de l’École Autrement va alors analyser les faits reprochés et entamer une collecte d’informations utiles à ce travail.

Ce n’est certes pas le seul chemin pour arriver aujourd’hui à l’École Autrement. Certains élèves y viennent de leur plein gré durant leurs heures de fourche, s’y inscrivent spontanément ou en font la demande auprès de leurs éducateurs. Les titulaires de classe proposent aussi d’y inscrire un élève en décrochage.

Difficulté

La question que nous nous posons à chaque fois est : « Est-ce un jeune difficile ou est-ce un jeune en difficulté ? » C’est là, au cœur d’un premier entretien avec le jeune et ses parents, que commencent nos recherches.

Quarantaine éducative

Le jeune est enfin placé en quarantaine éducative à l’École Autrement. Il y séjournera trois semaines reconductibles suivant l’importance du travail qu’il va y effectuer. D’autres élèves ayant le même profil vont l’accompagner dans une réflexion, en pleine conscience, sur leurs propres pensées, leurs actions et leurs motivations. Avec eux, nous revenons aux sources des difficultés qui nous ont menés à nous rencontrer dans cet espace-temps de l’École Autrement.

Ci-contre, une vidéo sur la gestion de conflit créée par des jeunes s’étant bagarrés lors d’un cours.

Horaire

Avec un nombre idéal de douze élèves, l’École Autrement ouvre ses portes sur une classe aménagée en conséquence. Un horaire spécifique est mis en place pour les élèves écartés :

  • Durant les 5 heures du matin, en Sociologie, nous cherchons les pistes du raccrochage scolaire en fouillant parmi les causes de nos attitudes et de nos comportements.
  • Durant les après-midis, à l’École de soutien, nous travaillons les matières scolaires grâce aux intelligences-multiples.
  • Le mercredi après-midi, en Atelier du Mercredi, les élèves de l’ÉA enseignent à leurs paires ce qu’ils ont appris durant les matinées en Sociologie.

Contrat

Lors du premier entretien avec le jeune et ses parents, nous signons le contrat qui relie le jeune, ses parents, la direction de l’établissement et le DIAS1. L’élève en situation d’exclusion provisoire peut intégrer sa nouvelle classe, son Nouveau Monde, son autre monde : notre École Autrement. Il y trouvera un endroit pour vivre un apprentissage en harmonie avec ce qu’il est, ses intelligences différentes Howard Gardner , ses blessures et ses dérives. Il y respectera un cadre bienveillant.

Plus qu’un contrat, il s’agit d’un ticket d’embarquement pour la quatrième dimension de sa vie Flavio, un élève de l’ÉA.

Ce contrat, s’il lie les familles à l’École Autrement par des devoirs, il engage également les enseignants de l’ÉA à modifier leurs Moyens Didactiques au coeur de leur enseignement.

1 Dispositif Interne d’Accrochage Scolaire

Du temps et du regard

À l’École Autrement, les journées sont faites d’apprentissages socioconstructivistes, de partages d’expériences et de rencontres. Les formations y sont données à la fois par les enseignants, les élèves et les invités (Guests : jeunes profs, éducateurs, stagiaires, observateurs, direction, Amis, etc.)

Nous y abordons principalement le travail sur soi par le biais d’animations et d’échanges philosophiques. Nous nous réunissons également en communauté de recherche philosophique Michel Tozzi afin de permettre à chacun de travailler son fond d’humanité, son histoire personnelle et ses rapports aux autres.

Le temps précieux que nous passons avec ces jeunes, c’est ce qui forge nos relations éducatives et engendre le changement positif. Le secret du raccrochage scolaire tient du regard bienveillant inconditionnellement constructif sur le jeune Carl Rogers qu’on dit difficile. Car nous enseignons d’abord ce que nous sommes. Ensuite vient l’enseignement par nos actes et nos paroles.

Pygmalion

Dans ce sens, l’effet Pygmalion Rosenthal & Jacobson est utilisé comme puissant outil motivationnel. L’élève, vu comme étant capable de réaliser sa tâche, se sent motivé à l’accomplir. C’est le regard bienveillant de l’enseignant qui engendre cette mise en route de l’élève et son enthousiasme dans l’apprentissage. C’est l’axe qui va permettre à l’élève d’activer ses propres leviers de motivation R. Viau. Car il est essentiel de voir l’élève en difficulté avec nos yeux du cœur Antoine de Saint-Exupéry pour que naissent les envies réciproques d’enseigner et d’apprendre.

C’est à ce titre que le jeune va activer une triple autorisation Danielle Mouraux : celle d’apprendre sans ses parents en gérant son conflit de loyauté, celle de se sentir autorisé à apprendre par ses parents et celle de laisser ses parents être ce qu’ils sont.

Le jeune en difficulté va prendre les commandes de sa propre existence.

J-L. Carels